Une idée reçue qui ferme trop de portes
« Je ne parle pas allemand, donc l’Allemagne n’est pas pour moi. »
Cette phrase, nous l’entendons régulièrement. Elle conduit de nombreux lycéens et étudiants français à écarter l’Allemagne avant même d’avoir regardé ce que le pays propose. C’est dommage, car l’offre de formations en anglais s’y est considérablement développée.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La base International Programmes du DAAD, l’Office allemand d’échanges universitaires, recense pour 2025-2026 plus de 2 500 programmes internationaux, dont plus de 2 000 annoncés comme entièrement enseignés en anglais. Et selon l’étude Wissenschaft weltoffen 2025, environ 402 000 étudiants et doctorants internationaux sont inscrits dans les établissements allemands. L’Allemagne n’est donc pas une destination réservée aux germanophones.
Une précision s’impose toutefois. « Étudier en anglais en Allemagne » peut recouvrir des réalités très différentes : un diplôme allemand, mais aussi une formation dispensée en Allemagne par une université étrangère. Et certains programmes présentés comme anglophones intègrent des cours d’allemand obligatoires ou des stages nécessitant la langue locale.
La réponse est donc oui, il est tout à fait possible d’étudier en Allemagne sans parler allemand. Mais tout dépend de votre niveau d’études, de votre discipline et de l’établissement visé. Voyons cela dans l’ordre.
Beaucoup plus de choix en Master qu’en Bachelor
Dans les universités publiques allemandes, la majorité des Bachelors restent enseignés en allemand. Des formations de premier cycle en anglais existent, notamment en business, informatique, ingénierie et relations internationales, mais elles restent minoritaires. La base du DAAD n’en recense que 368 au niveau Bachelor pour 2025-2026, toutes langues confondues. Rapporté à l’ensemble du pays, c’est peu. Si vous êtes lycéen, votre recherche devra donc être ciblée, avec une vérification attentive de la langue de chaque année et de chaque spécialisation.
En Master, la situation change du tout au tout. Les universités allemandes utilisent depuis longtemps le second cycle pour attirer des diplômés internationaux. L’offre anglophone y est très développée : sciences, ingénierie, économie, finance, management, informatique, études européennes et internationales.
Concrètement, si vous rejoignez l’Allemagne après une licence ou un Bachelor, vous aurez beaucoup plus de possibilités qu’un lycéen cherchant un cursus dès la première année.
Attention néanmoins à ne pas confondre rareté et sélectivité. Certains Bachelors anglophones appliquent une sélection exigeante, d’autres sont accessibles dès lors que vous possédez le diplôme requis et le niveau d’anglais demandé. En Allemagne, les modalités d’admission varient sensiblement d’un programme à l’autre.
Dans quels domaines peut-on étudier en anglais ?
Tous les domaines ne se valent pas sur ce plan.
Les formations en anglais sont nombreuses dans les secteurs naturellement tournés vers l’international : management, finance, entrepreneuriat, ingénierie, informatique, intelligence artificielle, cybersécurité, sciences de la donnée. Les industries créatives sont également bien représentées, en particulier à Berlin, où l’on trouve des cursus anglophones en design, musique, cinéma et management culturel.
À l’inverse, les disciplines étroitement liées à la langue ou aux institutions allemandes offrent peu d’options. Le droit national, la formation des enseignants, une grande partie des sciences humaines et de la psychologie restent majoritairement enseignés en allemand.
La médecine constitue un cas à part. La quasi-totalité des cursus médicaux publics sont dispensés en allemand et exigent une excellente maîtrise de la langue. Les rares solutions anglophones relèvent de structures internationales spécifiques, avec des frais de scolarité importants. Nous y revenons plus bas.
Public, privé ou campus international : trois modèles très différents
Dans une université publique allemande, vous préparez un diplôme allemand, avec des frais de scolarité très modérés et une excellente qualité académique. Les Masters en anglais y sont nombreux, les Bachelors beaucoup plus rares, et les procédures d’admission parfois assez administratives.
Les universités privées et les Universities of Applied Sciences proposent davantage de Bachelors anglophones, avec une pédagogie plus professionnalisante : groupes réduits, projets appliqués, liens étroits avec les entreprises. En contrepartie, les frais de scolarité sont nettement plus élevés. C’est le cas de SRH University, dont le campus de Berlin propose plusieurs formations en anglais dans le management, l’informatique, l’ingénierie et le design. Il s’agit d’un établissement privé reconnu par l’État allemand, centré sur l’apprentissage par projets. L’établissement utilise aujourd’hui le nom de SRH University, et non plus celui de SRH Berlin University of Applied Sciences.
Troisième cas de figure : le campus allemand d’une université étrangère. Lancaster University Leipzig propose ainsi des Bachelors et des Masters entièrement en anglais, mais les diplômes sont délivrés par Lancaster University au Royaume-Uni. L’université précise d’ailleurs qu’aucune preuve de niveau d’allemand n’est exigée. Vous étudiez donc en Allemagne tout en suivant un cursus britannique.
Le cas de UMFST-UMCH à Hambourg illustre bien la nécessité de lire les conditions dans le détail. Ce campus est une branche de l’université roumaine George Emil Palade de Târgu Mureș. Le cursus de médecine commence en anglais, mais les étudiants doivent progressivement atteindre un niveau élevé en allemand pour communiquer avec les patients lors de la formation clinique. Ce n’est donc pas un projet permettant d’ignorer l’allemand pendant six ans.
Cursus en anglais : faut-il quand même un niveau d’allemand ?
Le portail officiel Study in Germany confirme que l’allemand n’est généralement pas exigé pour les cursus internationaux, tout en recommandant de vérifier les conditions de chaque programme. Certaines formations n’imposent aucune certification d’allemand. D’autres demandent un niveau élémentaire, intègrent des cours obligatoires ou prévoient une transition progressive vers l’allemand.
Méfiez-vous aussi des intitulés. Un programme « international » n’est pas automatiquement enseigné à 100 % en anglais : il peut s’agir d’un cursus bilingue, d’un double diplôme ou d’une formation comprenant simplement quelques cours anglophones. Le Higher Education Compass allemand utilise ce terme pour des configurations très variées.
Quel niveau d’anglais faut-il pour être admis ?
Puisque les cours sont en anglais, c’est votre niveau d’anglais que l’université évaluera. Il n’existe pas de seuil national : chaque programme fixe ses exigences. Un niveau B2 suffit pour certaines formations, d’autres demandent un C1. Les certifications les plus reconnues sont l’IELTS Academic, le TOEFL iBT et les examens Cambridge. Certains établissements acceptent aussi le Duolingo English Test ou une attestation de scolarité antérieure en anglais.
Les scores demandés varient fortement, de 5,5 ou 6,0 à l’IELTS pour certains Bachelors jusqu’à 6,5, 7,0 ou davantage pour les formations les plus exigeantes. La seule référence fiable reste la page d’admission du programme visé.
Peut-on vivre au quotidien uniquement en anglais ?
Oui pour commencer, surtout dans une grande ville et sur un campus international. À Berlin, Hambourg, Munich, Francfort ou Leipzig, vous trouverez des interlocuteurs anglophones dans les universités, les transports, de nombreux commerces et les services destinés aux jeunes internationaux. Sur certains campus privés, l’anglais est même la langue commune entre étudiants.
La situation se complique pour chercher un logement, comprendre un contrat, consulter certains professionnels de santé ou effectuer une démarche administrative. Les documents officiels restent souvent rédigés en allemand, et un interlocuteur anglophone n’est jamais garanti.
Parmi les premières formalités après votre installation figure l’Anmeldung, l’enregistrement de votre domicile auprès de la commune, à effectuer rapidement après l’emménagement. Elle concerne aussi les citoyens européens qui s’installent durablement.
Bonne nouvelle sur le plan administratif : en tant que citoyen de l’Union européenne, vous n’avez besoin ni de visa ni de titre de séjour pour étudier en Allemagne. Pour un séjour de plus de trois mois, il faut simplement enregistrer votre résidence et pouvoir justifier d’une couverture santé et de ressources suffisantes.
Et pour un job étudiant ?
Juridiquement, votre situation est favorable : comme tous les citoyens de l’UE, vous pouvez travailler en Allemagne sans permis de travail, avec le même accès au marché de l’emploi que les Allemands.
Dans les faits, votre niveau d’allemand fera la différence. Certains emplois à l’université, dans des entreprises internationales ou des start-up technologiques sont accessibles en anglais. Mais les jobs en contact avec le public, dans le commerce, la restauration ou l’accueil, exigent le plus souvent un niveau conversationnel. La Bundesagentur für Arbeit, l’agence fédérale pour l’emploi, souligne d’ailleurs que de nombreuses entreprises attendent des bases en allemand et que l’anglais seul ne suffit généralement pas sur le marché du travail.
L’allemand n’est donc pas une condition pour commencer vos études, mais il peut vite devenir déterminant pour financer votre séjour, décrocher un stage intéressant ou préparer votre insertion professionnelle.
Pourquoi apprendre l’allemand reste une excellente décision
La bonne approche consiste à distinguer la langue des études de la langue de l’intégration. L’anglais vous permettra de réussir votre diplôme. L’allemand vous permettra de tirer pleinement profit de votre expérience.
Même un niveau élémentaire facilite les démarches, la recherche de logement et le quotidien. Il vous aidera aussi à nouer des liens avec les étudiants allemands, plutôt que de rester dans un cercle exclusivement international.
L’enjeu devient décisif si vous envisagez de rester après le diplôme. Les entreprises qui fonctionnent entièrement en anglais existent, notamment dans la tech, la recherche ou la finance, mais elles ne représentent qu’une partie du marché. Un niveau B1 ou B2 en allemand élargira considérablement vos perspectives de stages, de premiers emplois et d’évolution.
Vous n’avez pas besoin d’être bilingue avant de partir. En revanche, considérez l’apprentissage de l’allemand comme une composante de votre projet, pas comme une option à repousser indéfiniment.
Comment Study Experience peut vous accompagner
Choisir une formation anglophone en Allemagne demande plus qu’une recherche par langue d’enseignement. Il faut comparer le contenu académique, le statut de l’établissement, le diplôme délivré, les conditions d’admission, le coût réel des études et les perspectives après l’obtention du diplôme.
Chez Study Experience, nous accompagnons les étudiants français dans l’identification des formations qui correspondent réellement à leur profil et à leurs objectifs. Nous vérifions les conditions d’admission, clarifions les différences entre établissements et vous aidons à constituer un dossier cohérent. Cet accompagnement est particulièrement utile en Allemagne, où un campus situé dans le pays ne délivre pas nécessairement un diplôme allemand et où les procédures varient fortement d’une université à l’autre.