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Faut-il partir étudier à l’étranger en 2020 ?

Sur LinkedIn : Marc McHugo Founder & CEO of Study Experience | International Higher Education Specialist | Intercultural Management

Depuis quelques semaines, je réponds souvent aux mêmes questions.

« Les services d’admission seront-ils plus conciliants ? La rentrée pourra t-elle avoir lieu en septembre ? Si oui, dans quelles conditions ? Est-ce risqué de partir ? Et si des cours sont assurés en distanciel, quel est l’intérêt de les faire à l’étranger ? Autant rester en France, non ? Le coût des études sera-t-il le même ? Mon projet est-il rentabilisable ?« 

Avec mes conseillers, je réponds à ces questions au quotidien, en m’appuyant sur les informations officielles, que nous recevons au compte gouttes, pour permettre aux étudiants de prendre leur décision en connaissance de cause.

C’est vrai, le monde est bouleversé. Beaucoup d’étudiants, qui avaient fêté le nouvel an avec des fourmis plein les jambes et des envies d’ailleurs, se retrouvent soudain tétanisés à l’idée de sortir de leur chambre. Le manque ou parfois l’excès d’informations expose des failles dans les systèmes éducatifs. Notamment en matière d’accompagnement des élèves, car beaucoup se sentent isolés en ce moment. Si je comprends naturellement les interrogations de chacun, je ne partage pas forcément les mêmes inquiétudes, et voici pourquoi.

Les admissions et la rentrée en 2020. Que savons-nous ?

Après l’annonce de Jean-Michel Blanquer sur le déroulé des examens en 2020, la première vague de questions concernait l’admission au sein des universités étrangères. Prenons l’exemple du Baccalauréat. Les établissements sont nombreux à conditionner l’admission des étudiants sur la base des notes obtenues au Bac (c’est le cas notamment des universités britanniques). Avec un Bac en contrôle continu, comment être équitable dans l’évaluation des candidats, si nous considérons qu’il est parfois plus simple d’obtenir une bonne note sur un examen isolé ? Et puis certains lycées notent plus sèchement que d’autres, n’est-ce pas ? La réponse ne s’est pas faite attendre et elle est plutôt rassurante. Côté français, une harmonisation des notes sera effectuée par un jury final pour ne pas désavantager les étudiants. Côté britannique, j’ai personnellement contacté une cinquantaine d’établissements pour les informer de la situation et connaitre leur positionnement. Il apparaît clair qu’elles feront preuve de clémence cet été. Forcément, j’ai envie de vous dire, car elles n’ont pas envie de perdre leurs étudiants sans raison valable.

Les modalités exactes de la rentrée 2020-21 restent floues pour le moment. Nous devrions en savoir plus dans les semaines à venir car les gouvernements commencent à mettre une pression sur les universités, afin qu’elles communiquent clairement auprès des étudiants à ce sujet. A l’image de l’université de Cambridge, il est de mon avis qu’une majorité d’établissements optera pour une approche hybride. C’est à dire qu’une partie des cours sera assurée en distanciel (les cours magistraux, en l’occurrence, pour lesquels les règles de distanciation sont plus difficiles à respecter), alors que certains cours seront proposés en présentiel (je pense ici aux petits groupes, aux travaux dirigés ou en laboratoire etc.). Cette approche est toutefois susceptible d’évoluer en fonction de l’état de l’épidémie dans chaque pays et trois scénarios principaux semblent alors se dessiner :

  • Reprise normale des cours (« best case scenario« )
  • Approche hybride distancielle & présentielle
  • Report de la rentrée « physique », avec des cours à distance en attendant

Un mélange de présentiel et de distanciel ? Tant mieux !

Le fait qu’une partie des cours puisse être assurée à distance affectera-t-il la qualité du programme ? Il me semble que non. A vrai dire, COVID ou pas, les avancées technologiques et la disparition des frontières physiques rendaient cette évolution inéluctable. La crise sanitaire n’a fait qu’accélérer son déploiement. Cela fait un certain temps que les universités investissent dans l’enseignement à distance, notamment dans le cadre de leur stratégie d’internationalisation.

Le salarié ou l’entrepreneur de demain devra, lui aussi, se conformer à une nouvelle façon de travailler. Le télétravail risque fort de se démocratiser et nous aurons besoin de collaborateurs, qui sauront gérer leur indépendance et être performants dans un tel contexte. Visiblement ce n’est pas si simple, à en croire cette étude d’Empreinte Humaine. Nous pouvons supposer que ce sera le cas de jeunes diplômés, qui auront peut-être bénéficié d’une éducation hybride, telle que décrite ci-dessus.

L’immersion n’a jamais fait de mal à personne

Mais alors, est-ce tout de même intéressant de débourser des frais pour se procurer un logement sur place, si une partie ou la totalité des cours est assurée à distance ?

Lorsqu’un jeune prend la décision d’aller étudier à l’étranger, il me semble que la vie étudiante est tout aussi importante que les cours. Et cette vie continuera ! Pour acquérir la maîtrise d’une langue étrangère, il faut passer par la case immersion, ceci n’est un secret pour personne. Par ailleurs, les activités associatives, sportives, culturelles et autres font partie intégrante de l’expérience de campus universitaire – elles sont essentielles pour le développement personnel et la constitution d’un réseau. Sans parler de l’apprentissage de la vie… Chaque année, ce sont des centaines de milliers de jeunes adultes qui apprennent à cuisiner leurs fonds de pâtes et à laver leurs slips ! Que dire des campus et résidences étudiantes, qui permettent aux jeunes de se découvrir et de développer leur autonomie dans un cadre sécurisé ?

A mon sens, il sera intéressant également d’observer le comportement des étudiants pendant cette période. Chercheront-ils à collaborer davantage pour pallier au fait qu’ils auront moins d’heures de contact avec les professeurs ? Cela peut paraître assez contre-intuitif, mais si le distanciel finissait finalement par nous rapprocher ?

La rentabilité du diplôme ou de la personne ?

Pas de langue de bois ici, et cela fait bien longtemps que j’ai arrêté de compter le nombre d’étudiants qui visent l’établissement plutôt que le diplôme. C’est qu’un bout de papier de Harvard ne fait pas le même effet auprès des employeurs, il faut bien le reconnaître. C’est très dommage, à mon sens, car les jeunes passent souvent à côté d’expériences incroyables sur la base du fait que des établissements « insuffisamment connus » sont écartés. Mais comment leur en vouloir quand on sait que les grandes entreprises françaises recherchent trop souvent les mêmes profils et vouent un culte au classement des écoles pour déterminer leur barème de rémunération.

Et bien, bonne nouvelle ! Le format des cours ne changera strictement rien à cette finalité et un diplôme de Harvard restera bien un diplôme de Harvard.

Mais pensez aussi au profil incroyable que que ces futurs jeunes diplômés vont pouvoir vendre aux entreprises après leurs études à l’étranger entamées en 2020. Malgré l’instabilité planétaire, ils ont pris leur courage à deux mains et sont partis à la conquête de terres nouvelles. Ils ont fait preuve d’une capacité d’adaptation exemplaire en se conformant à un nouveau mode d’enseignement et en réussissant leurs études haut la main, le tout en langue étrangère bien entendu. Cette expérience à l’étranger leur aura ouvert l’esprit et appris à analyser les choses de manière plus posée et critique. Et puis ils arriveront avec un sacré réseau, grâce aux amis et académiciens côtoyés tout au long de leur formation. Cette génération aura vécu la crise sanitaire de plein fouet, juste au moment de quitter le nid familial. Le timing aurait pu être meilleur, c’est sûr, mais cette génération y fera face, et maintenant plus rien ne l’arrêtera !

Alors, rentable cette expérience ?

Le monde a changé en 2020, c’est vrai. Qui dit crise internationale, dit réaction internationale et rarement aurons nous vu pareille coordination entre autant de pays pour sauver des vies (pour une fois que les missiles et tanks sont rangés bien au chaud…).

Cette mobilisation est notamment possible grâce à de nombreux anciens étudiants, qui un jour ont étudié à l’étranger. Ils ont appris de nouvelles langues, se sont exposés à différentes cultures, et s’inscrivent plus largement dans une communauté interculturelle, composée de citoyens du monde. Les universités vous proposent un cadre sécurisé, où il fait bon apprendre à comprendre le monde d’aujourd’hui, pour mieux le changer demain.

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