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Classements universitaires, supercherie de ces 20 dernières années ?

Sur LinkedIn : Marc McHugo | Founder & CEO of Study Experience | International Higher Education Specialist | Intercultural Management

En tant que consultant, une partie de mon travail consiste à aiguiller les étudiants sur leur choix d’université. Pour les conseiller, je m’appuie sur de nombreux facteurs : sur le profil académique du jeune, bien entendu, ainsi que sur ses intérêts et aspirations. Mais aussi sur le contenu du programme cible, la qualité et le mode d’enseignement, le budget, la reconnaissance du diplôme à l’international, les accréditations, l’accès au marché du travail, la localisation du campus et les installations… Et puis je tiens compte, aussi, éventuellement, de différents classements. Ce dernier point est souvent celui qui m’importe le moins mais, à contrario, est celui qui préoccupe le plus mes étudiants et leurs parents.

Combien de fois ai-je entendu répéter la phrase « nous ne voyons pas l’intérêt d’investir dans un programme à l’étranger, si ce n’est pas pour rejoindre un établissement mieux classé qu’en France » ?

Je n’ignore pas le poids du palmarès dans la construction du CV de chacun. Et puis je ne vais pas faire l’hypocrite… c’est bien, en grande partie, pour son classement que j’ai choisi ma propre université britannique en 2003.

Aujourd’hui, enfin sorti de l’adolescence (au risque d’en étonner certains…) et aguerri par 10 ans de métier dans l’enseignement supérieur, je ne sais pas si j’aurais fait les mêmes choix en 2020 – ou alors, du moins, pas pour les mêmes raisons.

J’estime aujourd’hui, que l’importance accordée aux classements est disproportionnée. J’irais même plus loin :

👉 les classements dénaturent l’enseignement supérieur en transformant les diplômes en produits de consommation (cette idée « d’acheter » son diplôme) ;

et

👉 ces mêmes classements induisent en erreur de nombreux jeunes, qui obnubilés par les tableaux, en oublient d’autres facteurs essentiels dans le choix d’un établissement d’accueil.

Par ces quelques lignes, je voudrais contextualiser la raison d’être des classements et partager avec vous d’autres facteurs à considérer pour le choix d’une université.

L’origine des classements universitaires

Les grands esprits de ce monde se sont-ils intéressés de près aux classements universitaires avant de choisir où partir étudier ? Les parents d’Einstein, Gandhi et Freud se sont-ils abonnés aux newsletters spécialisées pour découvrir en avant-première le classement annuel des universités mondiales ? Nul doute que l’étude de ces classements aurait fait l’objet de discussions animées lors des repas de famille à Munich, Delhi et Vienne. Mais la réponse à la question est « non », puisque les classements universitaires sont une invention du 21ème siècle.

Dans les années 2000, une pléthore de classements a commencé à voir le jour et à influencer la prise de décision des étudiants. Les premiers classements se contentaient de répertorier les meilleurs diplômes MBA. Ceci avait du sens : ces programmes sont particulièrement onéreux et certaines entreprises recrutent en priorité les diplômés de certains établissements. Il était donc utile de savoir quelle formation privilégier pour avoir accès à certains postes et aux meilleurs salaires.

Les plus connus aujourd’hui sont certainement QS World RankingsARWU (Shanghai Jiao Tong) et Times Higher Education World University Rankings. Ces trois classements se basent sur des données plus ou moins objectives et quantifiables. Ainsi, QS envoie un sondage chaque année à des académiciens et employeurs (dont la liste est tenue secrète), pour évaluer la notoriété de chaque institution. Le nombre de citations dans les revues académiques et scientifiques contribue, lui aussi, à la « note globale » des universités. D’autres indicateurs ne sont pas publiquement accessibles et dépendent donc de la volonté (ou non) des institutions à divulguer certaines informations. Pour cette raison, tous les établissements ne figurent pas dans les classements et ceci est problématique. Prenons l’exemple français : PSLl’Ecole Polytechnique et la Sorbonne sont les seules à figurer dans le Top 100 mondial selon le classement général QS 2021. Tout le monde conviendra que ce sont de bonnes universités, certes, mais d’autres établissements de renom sont aux abonnés absents : Diderot et Descartes, par exemple.

Si vous étiez consultant, déconseilleriez vous Descartes à un étudiant américain sous prétexte que cet établissement ne figure pas dans le Top 1000 mondial ?

L’incohérence des classements universitaires

Si chaque classement se revendique comme étant LA référence en la matière, les différences entre eux relèvent parfois de l’absurde. Au Royaume-Uni en 2020, par exemple, The Guardian classait l’université de Nottingham Trent à la 12ème place (sur une centaine d’établissements), alors qu’une autre référence nationale, The Complete University Guide, plaçait cette même université au 46ème rang. Nous pouvons même aller plus loin en affinant la recherche : The Guardian considère que l’université de Derby est 9ème au niveau national pour les études de commerce, alors que The Complete University Guide classe cet établissement à la 74ème place. L’écart est significatif, pourtant la méthodologie revendiquée par ces deux classements semble être équivalente, ou du moins très ressemblante.

Ce que cette analyse nous montre aussi, c’est que passé une certaine catégorie d’établissements (OxfordCambridgeHarvardMIT etc.), qui est toujours en tête de file et dont le niveau d’excellence n’est plus à démontrer, des centaines d’institutions se retrouvent dans le corps mou des classements et se battent chaque année pour grappiller une ou deux places. Autant nous pouvons dire avec assurance qu’Oxford est au-dessus du lot, autant j’aurais plus de mal à faire la différence entre une université classée 100ème et une autre classée 500ème.

Bon, ceci étant dit, avons-nous vraiment besoin de classements pour nous donner cette information? Demandez au premier passant de vous citer une université britannique et il y a fort à parier qu’il vous répondra Oxford ou Cambridge.

Dernier point important : à qui profitent réellement les classements ? Il ne s’agit pas d’étaler une théorie du complot, mais la question mérite d’être creusée et je fais les trois constats suivants : ces classements font vendre du papier (The GuardianThe Times etc.), promeuvent des événements (QS organise des salons de l’éducation à travers le monde) et récoltent vos données personnelles (IDP, qui est le propriétaire du Complete University Guide, est rémunéré par certains établissements pour leur recruter des étudiants).

Cinq facteurs importants à considérer dans le choix d’un établissement

Je souhaite maintenant partager avec vous les critères qui, à mon avis, sont les plus importants dans le choix d’une institution. Certains points listés ci-dessous sont repris dans les classements, mais je trouve qu’il est intéressant de les isoler pour ne pas passer à côté du fait qu’un établissement bien classé grâce à sa notoriété, puisse être moins performant sur d’autres points.

(1) Le taux de satisfaction des étudiants : cette donnée est quand même essentielle… Autant un étudiant est capable de passer en revue 46 avis de consommateurs avant d’investir dans un grille pain à 20 euros, autant j’ai rarement l’impression que ce facteur soit pris en compte dans le choix d’un établissement universitaire. Pire encore, certains étudiants sont conscients d’un mauvais taux de satisfaction, mais sont prêts à en faire abstraction si cela leur permet d’avoir un bout de papier prestigieux à l’issue de leurs études. Quel dommage ! Les études sont, pour beaucoup, les plus belles années d’une vie et il me semble que tout doit être fait pour le garantir. Des sites utiles existent, qui répertorient les avis à la manière d’un TripAdvisor. WhatUni au Royaume-Uni, par exemple.

(2) L’employabilité des jeunes diplômés : la plupart des classements tient compte de cette donnée mais elle ne pèse pas forcément très lourd dans le score final (à la manière d’un faible coefficient au Bac). L’objectif principal de vos études est d’acquérir les compétences nécessaires pour intégrer le marché du travail. Qu’importe le mauvais classement d’une université si les étudiants de celle-ci sont 98% à trouver un travail dans les six mois qui suivent l’obtention de leur diplôme ? Vous pouvez aussi pousser votre recherche un peu plus loin en interrogeant les universités sur le pourcentage des diplômés qui trouvent un travail dans la même filière que leurs études (cette statistique est moins accessible sur les sites, mais vous pouvez poser la question !).

(3) La qualité de l’enseignement : un reproche que nous pourrions faire aux grandes universités type Harvard et compagnie, c’est que leur réputation est construite sur la recherche. Ce n’est pas une mauvaise chose en soit, et nous leur devons énormément d’avancées scientifiques et sociétales. Mais ce que vous devez comprendre c’est que leurs professeurs sont souvent chercheurs avant d’être enseignants. Ils sont davantage passionnés par le développement de leur savoir et moins par sa transmission. Du reste, ce ne sont pas les éminents professeurs lauréats d’un prix Nobel qui interviennent auprès des étudiants de 1ère année à Harvard, mais plutôt leurs assistants. Bien que très brillantes, toutes ces personnes ne sont pas toujours de bons pédagogues. Sachez qu’il existe de nombreux établissements qui font très peu de recherche (et qui figurent donc peu, voire pas du tout, dans les classements) afin de privilégier l’enseignement. Pour un jeune étudiant, fraîchement sorti du lycée, il me semble qu’un cadre tel que celui-ci est souvent préférable. Pour aider les étudiants à se repérer, le gouvernement britannique a récemment introduit le « Teaching Excellence Framework » (TEF), qui distingue les universités d’une médaille (Or, Argent & Bronze) en fonction de la qualité de leur enseignement.

(4) Le ratio étudiant/professeur : vous trouverez cette information assez facilement sur le site des universités et dans les classements. Il s’agit de faire le ratio entre le nombre d’étudiants inscrits et le nombre de professeurs présents. Attendez-vous à une expérience plus personnalisée, si ce ratio est faible. Cet indicateur est à croiser avec le point (3) car les universités spécialisées dans l’enseignement proposent généralement de plus petites classes.

(5) L’environnement : si tous les étudiants ne souhaitent pas toujours se l’avouer, le cadre de vie dans lequel ils vont évoluer pendant 3 ou 4 ans est très important. Oui, le contenu du programme est primordial et l’université doit répondre aux objectifs professionnels de l’étudiant… Mais autant profiter de la vie en même temps, non ? Les classements ne tiennent pas compte de facteurs subjectifs tels que la qualité de vie, pourtant un étudiant heureux a plus de chance de valider sa formation haut la main !

Ainsi, le rôle du consultant, tel que je le conçois, est de faciliter l’épanouissement personnel de l’étudiant. C’est ainsi qu’il pourra véritablement grandir et s’adonner pleinement à son apprentissage. Pour parvenir à cette fin, il s’agit de trouver les universités qui réunissent un maximum de critères en fonction des particularités, des besoins et des désirs du jeune.

Dans cette quête, les classements sont un outil, rien de plus. Il peut être utile de s’y référer pour appréhender un peu le système local et se faire une idée des différentes possibilités. Mais surtout ne misez pas tout là-dessus, car vous risquez de passer à côté de l’essentiel !

Une question sur les classements ?